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Il est difficile de comprendre pourquoi l’auteur fait de la personne un accident du nom. Palsgrave trouve les traces de la déclinaison dans la présence de l’article devant le nom.

Adjectif. Palsgrave ne voit pas de différence essentielle entre le nom substantif et le nom adjectif. D’après lui, l’adjectif se caractérise par 7 accidents, notamment par : 1) le nombre; 2) le genre; 3) les degrés de comparaison; 4) l’accord; 5) la conjugaison; 6) la dérivation; 7) l’ordre.

Palsgrave accorde une grande attention à l’accord syntaxique du sujet et du prédicat, d’une part, et de l’adjectif avec le nom, d’autre part. Ainsi, il explique que si l’adjectif se trouve placé après plusieurs substantifs de genres différents, il doit se mettre au même genre que le substantif le plus rapproché et le même nombre que le dernier substantif.

L’adjectif a trois degrés de comparaisons : positif, comparatif et superlatif. Le comparatif, dit Palsgrave, c’est l’adjectif accompagné du mot “plus”. Le superlatif, c’est un comparatif accompagné d’un des ces mots : le, mon, ton, son, notre, votre, leur.

Il distingue les degrés de comparaison et les degrés d’intensité. Lorsqu’on veut, étendre ou diminuer la qualité d’une chose sans la comparer avec une autre, on ajoute à l’adjectif un des mots suivants : trop, fort, molt, très, peu, guère, goutte etc.

Pronom. D’après J. Palsgrave, les pronoms sont des mots qui, mis à la place des substantifs, veulent les verbes à la même personne et au même nombre que ces substantifs. Il distingue 7 espèces de pronoms, particulierement :

  1. Les pronoms primitifs. Il y classe les pronoms personnels: je, tu, se nous, vous.

  2. Les pronoms dérivatifs, auxquels il rapporte les pronoms possessifs et les adjectifs possessifs.

  3. Les pronoms interrogatifs. Ce sont les mêmes formes qu’aujourd’hui.

  4. Les pronoms relatifs : qui, quoi, lequel et autres.

  5. Les démonstratifs. Il y en a trois : il, le, on.

  6. Les pronoms partitifs. Ce sont les pronoms indéfinis d’aujourd’hui, que Palsgrave nomme aussi “les noms indefinis”.

  7. Pronoms numéraux, c’est ainsi que Palsgrave nomme les noms de nombre cardinaux.

Suivant le savant, les pronoms personnels possèdent plusieurs accidents, à savoir: 1) le nombre  (singulier et pluriel); 2) la personne (il y a trois personnes); 3) le genre (masculin, féminin, neutre; 4) la déclinaison: cas nominatif (sujet : je, tu, il); cas accusatif (complément direct : me, te, le); cas obliques (complément indirect : moy, toy, luy); 5) l’ordre ( la place avant ou après le verbe); 6) la composition ( formes simples et formes composés); 7) le redoublement (nous nous levons).

Les remarques de J.Palsgrave concernant l’emploi des pronoms sont souvent très fines. Ainsi, il remarque avec beaucoup de justesse que dans certains cas, au lieu d’employer le pronom possessif, qui semblerait indiqué, il faut lui substituer un pronom personnel ou réfléchi. Par exemple, on ne doit pas dire : “Je coupe mon doigt” mais ”Je me coupe le doigt”.

Article. Il est intéressant de remarquer que Palsgrave commence la description des parties du discours de la langue française par l’étude de l’article. Il lui consacre en tout une page et distingue seulement deux articles ung et le qui changent en nombre et en genre:

s. – ung, le (masculin) - une, la (féminin).

pl. – ungz, le (masculin) - unes, les (féminin).

Notons encore qu’il considère les articles du et des comme un mélange de l’article avec la préposition de, qui sert à marquer le cas, le genre et le nombre. Il attribue à l’article deux accidents : le genre et le nombre.

Adverbe. Palsgrave voit en adverbe les mots qui répondent aux questions qui peuvent se poser à propos de l’action exprimée par le verbe. Les adverbes sont appelés pour marquer le temps, la place, la manière et plusieures autres circonstances qui caractérisent l’action. L’auteur prévient qu’à la différence des autres parties du discours, plusieurs mots peuvent être employés comme adverbe. Compte tenu du fait que la classe d’adverbes est très floue, la remarque de Palsgrave est très juste.

Préposition. Dans la conception grammaticale de Palsgrave la préposition a cinq attributs :

  1. Elle a la faculté de gouverner les cas obliques.

  2. Elle se place le plus loin du substantif : Pour mon bon maître.

3. Elle se compose avec d’autres mots. Par exemple, avec un verbe : enterrer; avec un adverbe : dehors; avec d’autres prépositions : dessous.

  1. Elle se lie avec les articles : au ; du.

  2. Elle a un emploi facultatif dans certains cas. Selon Palsgrave, on peut dire: la robe (de) mon maître.

Conjonction. Les conjonctions, dit J.Palsgrave, servent à joindre les parties du discours, et à unir les pensées entre elles. Il divise les conjonctions en : copulatives (et, mais); distinctives (ou, ne); continuatives (comme); subcontinuatives ( pour autant ).

Interjection. L’auteur les définit comme de petits mots servant à exprimer l’affection humaine.

Nous nous sommes attardés sur des détails de la grammaire de J. Palsgrave pour montrer que cet ouvrage avait été très bien conçu et qu’avec sa publication les fondements d’un nouveau système grammatical furent posés. Par la suite les grammairiens n’avaient qu’à approfondir et à perfectionner ce qui avait été fait par J.Palsgrave.

Puisqu’on reprochait souvent à Palsgrave d’avoir profiter des oeuvres de ses prédécesseurs, surtout de celle de Gilles Dewes (Guez) allons jeter un coup d’oeil sur le contenu de son ouvrage.

Il paraît, que du Guez était, lui–aussi, professeur de la langue française à la cour d’Angleterre et que parmi ses élèves était la princesse Marie. Quoi qu’il en soit, cette jeune personne est constamment présente dans les dialogues contenus dans la grammaire. Sa grammaire débute par une préface humble dans sa forme mais railleuse et dédaigneuse par le fond et dirigée contre “ces compilateurs, (...) qui ont commencé par enseigner avant que d’être savants (... ) ou qui, s’étant rendus savants à force d’étude, se sont ensuite ingérés d’inventer des règles infaillibles pour une langue qui n’est pas la leur. Poser des règles est un droit qui appartient à fort peu de gens: quant à moi, dont le français est la langue maternelle et naturelle, et qui pendant trente ans ai fait profession d’instruire dans cette langue des princes, des marquis, deux reines et le roi régnant, je n’ai pas encore découvert de règles infaillibles” (Eclaircissement p.19).

“Ne semblerait ce point chose rare et estrange,- continue à fustiger l’oeuvre de J.Palsgrave du Guez - veoir ung Français se ingerér et efforcér d’apprendre aux Allemans la langue tyoise, voire et qui plus est sur icelle composer regles et principes” (Eclaircissement, p.20).

A la suite de cette préface, l’auteur expose le plan de sa grammaire. L’oeuvre de du Guez comprend deux livres dont le premier a deux parties. La première partie traite des règles du langage parlé, des lettres qui doivent disparaître dans la prononciation et pour quel motif.

La seconde partie traite des parties du discours. Le grammairien distingue entre autres: noms, pronoms, adverbes participes, verbes, prépositions et conjonctions donnant “des règles fixes pour conjuguer”. [ Eclair., p.20]

Le second livre est conçu en forme de recueil de sujets de conservation. Il contient dix dialogues ayant pour thème: amour, guerre, paix, la nature de l’âme humaine, entretient avec des messagers du roi etc.

La grammaire de du Guez apparut dans sa rédaction définitive deux ans après celle de Palsgrave. Or, la primauté de la grammaire de Palsgrave est évidente. Et elle n’est pas seulement formelle, c’est-à-dire chronologique. L’oeuvre de Palsgrave est bien supérieure à la grammaire de du Guez. Palsgrave est savant. Sa grammaire renferme beaucoup de faits grammaticaux recueillis dans toutes les parties de la langue et appuyés d’exemples tirés des écrivains illustres. Elle est beaucoup plus fondamentale que la grammaire de du Guez. Pourtant cela n’empêche pas certains critiques français de faire valoir la grammaire de du Guez, en constatant qu’en peu d’années elle a connu trois éditions, tandis que celle de “Palsgrave ne paraît pas être jamais arrivé à l’honneur de la seconde” [ Eclair., p.23 ].

Après la publication de la grammaire de J.Palsgrave, la France foisonne en ouvrages grammaticaux, consacrés à la langue maternelle du peuple français. En peu de temps apparaissent les grammaires de J.Dubois, de L.Meigret, de J.Granier, de J.Pillot, de R.Estienne, de Ramus et d’autres. Certaines de ces grammaires étaient écrites en latin “pour que les étrangers puissent s’en servir”- dit expressément Jacques Dubois.

Faisons remarquer, par intérêt, que la première grammaire de la langue ukrainienne parut à Vilno en 1586. Son auteur est inconnu. Dix ans plus tard, c’est-à-dire en 1596, Lavrentij Zyzanij publia sa “Граматика слов’янська досконалого мистецтва восьми частин мови”. En 1619 Meletij Smotrytskij publia sa “Граматика словенська, правильна синтагма”. En 1627 Pamva Beryndy fit sortir le premier dictionnaire “Лексикон словенський”. Cela montre, qu’au XVIième siècle la pensée grammaticale ukrainienne n’était pas très en retard sur celle de la France.