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Perdu_en_terre_sovi_233_tique.docx
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Le ticket de tombola

Après une dure journée de labeur, notre petit Philippok décida pour une fois d’accompagner ses deux camarades Bibi et Caramel à la fête du 1er Mai en ville. Il était content de sa journée de travail, et surtout il avait reçu de son chef, le camarade Frankov, la médaille du meilleur travailleur de la semaine. Voilà pourquoi, pour la première fois depuis une année, Philippok sortait du foyer des travailleurs. Alors il fallait qu’il en profite un petit peu. Adossé à la buvette, le petit Philippok sirotait une bière locale. Peu habitué à boire, il se laissa tenter par Caramel de jouer à la tombola, lui le cartésien qui ne croyait qu’aux vertus du travail. Mais bon, pour un franc, il ne faisait pas vraiment de folie. Et manger seulement des pates pendant 6 mois ne lui faisait pas peur.

Minuit approchait, il était temps pour Philippok de rentrer. Mais encore fallait-il trouver Bibi et Caramel. Sa première idée fut d’aller à la buvette du bal, car bien que bons travailleurs, ses deux camarades étaient alcooliques. Caramel le vin rouge, Bibi le pastis. Mais non ils n’étaient pas là. Surpris par le grésillement de la sono, il tourna la tête et compris en voyant Bibi et Caramel sautaient près du podium que quelque chose d’imprévue s’était passé. Bibi rouge comme une tomate prit le micro et lui annonça la nouvelle qui bouleversera à tout jamais la vie de notre petit Philippok : « Tu as gagné le voyage en URSS !!!!!!!!!!!!!! ».

Les premiers pas sur le sol sovietique

En cette fin de soirée de septembre, les trois roues de l'Ilyuchin Il-96 se posèrent tout en douceur sur la piste 2 de l’aéroport de Donetsk. Philippok retenait son souffle. La lune brillait de mille feux, lorsque que notre petit héros mit le pied gauche sur le sol soviétique. Léger comme une plume, il bondissait vers son rêve éveillé. Six mois s’étaient écoulés depuis le ticket de tombola. Le retour à l’usine, les 101 tonnes de charbon le lendemain, les félicitations du camarade Frankov la semaine suivante, la cérémonie de départ du 31 août fêtée en grande pompe avec feux d’artifices et défilé dans le parc ouvrier Lenino, et surtout les pages et les pages de Pouchkine, Lermontov, Gogol, Tchekhov, Dostoïevski, Tolstoï, Tourgueniev, Boulgakov, Essenine, engloutis durant les nuits moites de l’été… Et soudain le voilà, lui mineur parmi tant d’autres, orphelin de surcroit, à quelques mètres du paradis. Valise en main, Philippok débarqua dans l’immense hall où fourmillait une multitude de voyageurs venant de tous les horizons. Comme lui avait annoncé Lenino, le chef du parti local, la veille de son départ, deux militantes du PCU l’attendaient panneau en main. Yulia et Natacha, blondes comme les anges, lui esquissèrent un grand sourire. Un taxi les attendait au bas des marches de l’aéroport. Accompagné des deux créatures de lumière notre petit Philippok s’engouffrait vers sa destinée.

Avenue artioma

Tel un chariot de feu, la Volga M21 s’élança sous les rayons cristallins du clair de lune. Les yeux fermés, Philippok essayait de contenir sa joie. Jamais ô grand jamais, il n’avait ressenti cette étrange sensation. Sauf peut-être le soir, où ivre comme une soupe (l’unique fois de sa vie), il avait cru possible de recevoir un baiser de Magali, une petite parisienne. Mais non, cette nuit était différente, cette nuit n’était pas comme les autres. Ses sens étaient en éveils. Les yeux toujours fermés, il parvenait au-delà des fenêtres à sentir le parfum enivrant de la nuit …

Le taxi termina sa course devant un imposant bâtiment de douze étages. Philippok descendit du véhicule sans prêter garde à la majestueuse cathédrale où trônait une croix d’or. Mais notre petit Philippok était trop agité pour pouvoir contempler ce nouvel environnement. Il devait se dépêcher de poser sa valise, car Yulia et Natacha lui avaient gentiment proposé de l’amener dans un Café-bar musical afin de faire plus amples connaissances. Quelques mètres seulement séparaient le foyer de Philippok à l’endroit qui s’appelait « Chopin-Gauguin ». Quel nom étrange dans un pays communiste, se dit-il. Surtout que le Café se trouvait en face de l’antenne politique du PCU. Mais bon, après tout, lui-même aussi surprenant que cela puisse paraitre ne pouvait pas sans trop savoir pourquoi manger de fromage. L’étrangeté fait partie de nos vies, marmonna t-il à Natacha. Elle le regarda curieusement quelques instants, puis glissa quelques mots à Yulia. Cette dernière se retourna alors vers Philippok et d’une petite voix fluette, elle lui susurra : « Давай ». L’esprit léger, les paupières lourdes, le corps détendu, notre petit héros pénétra alors dans l’escalier du « Chopin-Gauguin », pendant qu’un voile sombre commençait à recouvrir le ciel.

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