- •Jean Bodin
- •Les six livres de
- •la République
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- •Quatrième de couverture
- •PRÉSENTATION
- •de l'État profane
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- •en son privé Conseil
- •PRÉFACE SUR LES SIX LIVRES
- •DE LA RÉPUBLIQUE
- •Sommaire
- •Le Premier Livre
- •de la République
- •CHAPITRE I
- •CHAPITRE II
- •Du ménage,
- •CHAPITRE III
- •De la puissance maritale,
- •CHAPITRE IV
- •CHAPITRE V
- •CHAPITRE VI
- •Chapitre VII
- •CHAPITRE VIII
- •De la souveraineté
- •CHAPITRE IX
- •CHAPITRE X
- •Des vraies marques de souveraineté
- •CHAPITRE I
- •CHAPITRE II
- •De la Monarchie Seigneuriale
- •CHAPITRE III
- •De la Monarchie Royale
- •CHAPITRE IV
- •De la Monarchie Tyrannique
- •CHAPITRE V
- •CHAPITRE VI
- •De l'état Aristocratique
- •Chapitre VII
- •De l'État populaire
- •Le Troisième Livre
- •de la République
- •CHAPITRE I
- •Du Sénat, et de sa puissance
- •CHAPITRE II
- •Des Officiers et Commissaires
- •CHAPITRE III
- •Des Magistrats
- •CHAPITRE IV
- •CHAPITRE V
- •CHAPITRE VI
- •CHAPITRE VII
- •Le Quatrième
- •Livre de la République
- •CHAPITRE I
- •CHAPITRE II
- •CHAPITRE III
- •tout à coup
- •CHAPITRE IV
- •CHAPITRE V
- •CHAPITRE VI
- •CHAPITRE VII
- •Le Cinquième Livre
- •de la République
- •CHAPITRE I
- •CHAPITRE II
- •Les moyens de remédier
- •CHAPITRE III
- •ou bien laissés aux héritiers
- •CHAPITRE IV
- •Du loyer et de la peine
- •CHAPITRE V
- •CHAPITRE VI
- •Le Sixième Livre
- •de la République
- •CHAPITRE I
- •CHAPITRE II
- •Des Finances
- •CHAPITRE III
- •CHAPITRE IV
- •De la comparaison
- •CHAPITRE V
- •et hors partage
- •CHAPITRE VI
- •Notice sur la vie
- •et les œuvres de Jean Bodin
- •de l'Antiquité cités
- •Index
Jean Bodin, Les six livres de la République, (1583) |
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[p. 554]
CHAPITRE V
Que la Monarchie bien ordonnée, et Royale, ne tombe en choix, ni en sort,
ni en quenouille, [mais] qu'elle échoit par droit successif au mâle le plus proche de l'estoc paternel,
et hors partage
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Ce n'est pas assez de dire que la Monarchie Royale et légitime est meilleure que la Démocratie ou Aristocratie, si on ne dit Monarchie dévolue par droit successif au mâle le plus proche du nom, et hors partage, car combien que la Monarchie légitime soit toujours préférable aux autres Républiques si est-ce qu'entre les Monarchies, celle qui vient par droit successif aux mâles du nom, plus proches et hors partage, est beaucoup plus louable et plus sûre que les autres qui viennent par sort ou par choix, ou bien au mâle qui n'est pas le plus proche, ou qui est le plus proche, mais du côté maternel, ou qui est le plus proche de l'estoc paternel, mais qui doit partage à ses cohéritiers de toute la Monarchie, ou de partie [de celle-ci] : ce qu'il est besoin d'éclaircir par raisons nécessaires, et par exemples, pour lever l'opi-[p. 555] nion que plusieurs impriment aux sujets d'autrui, et par ce moyen entretiennent les rébellions pour changer les Monarchies bien ordonnées et remuer ciel et terre.
Le voile des rébellions contre les Princes. Et tout cela se fait sous le voile de vertu, de piété et de justice. Et même il s'en trouve qui osent publier [des] livres, et soutenir, contre leur Prince naturel venu à la couronne par légitime succession, que le droit de choix est meilleur en la Monarchie, comme il a été fait en Angleterre le 7 Septembre 1566 où la Reine assista à la dispute des écoliers à Oxford, ce qui étonna les seigneurs qui étaient présents, oyant cette nouvelle doctrine d'écoliers. Or, le pis est que des paroles on vient aux prêches publics, et puis aux armes. Et qui est celui qui ne serait pipé d'ouïr un qui déteste les cruautés, les exactions d'un tyran, qui n'a ni l'honneur de Dieu, ni la vérité, ni la justice en recommandation ? qui chasse les gens de bien, et se joint aux méchants, et qui ajoute à la fin cette exclamation : Ô que la
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Monarchie est heureuse où les états du peuple font choix d'un Roi juste et droiturier, qui craint Dieu sur tout, qui honore la vertu, qui fait prix des bons, qui châtie les vices, qui décerne le droit loyer aux gens de bien, et la peine aux méchants, qui a les flatteurs en horreur, qui tient sa foi et ses promesses, qui bannit les sangsues de cour, et les inventeurs de nouvelles exactions, qui épargne le sang de ses sujets comme le sien, qui venge les injures d'autrui et pardonne les siennes, et qui, surtout, a la religion d'honneur devant ses yeux. Ayant mis ces louanges au contrepoids d'une tyrannie comblée de tous vices, soudain le populace se met en l'esprit qu'il n'y a rien plus heureux que la Monarchie qui tombe en élection. Et non seulement les simples et peu entendus en la science politique, [mais] encore ceux-là qui sont estimés les plus suffisants [p. 556] s'abusent bien souvent et se laissent beffler, ne prenant que le bien apparent d'un côté, laissant les absurdités et incommodités innumérables qui se trouvent de l'autre côté. Car même Aristote est d'avis qu'on élise les Monarques, appelant Barbares ces peuples-là, qui prennent les Rois par droit successif : et pour cette cause il estime les Carthaginois plus heureux que les Lacédémoniens, parce que ceux-ci prenaient leurs Rois par succession de père en fils, et ceux-là les élisaient.
Opinion d'Aristote contraire à tous les peuples. Il faut donc appeler Barbares les Assyriens, Mèdes, Persans, Égyptiens, Asiatiques, Parthes, Indiens, Africains, Turcs, Tartares, Arabes, Moscovites, Celtes, Anglais, Écossais, Français, Espagnols, Péruviens, Numides, Éthiopiens, et d'infinis autres peuples qui n'ont Rois que par droit successif. Et même nous trouvons en Grèce, qui est le pays d'Aristote, que les Athéniens, Lacédémoniens, Sicyoniens, Corinthiens, Thébains, Épirotes, Macédoniens, ont eu plus de six cents ans Rois par droit de succession légitime, auparavant que l'ambition les eût aveuglés pour changer les Royaumes en Démocraties et Aristocraties ; ce qui a pareillement eu lieu en Italie, ou les Étrusques et Latins ont eu plusieurs siècles des Rois venant de père en fils. Et si l'humanité et douceur de vie n'a lieu entre tant de peuples, où la trouverons-nous ? Sera-ce en Pologne, en Danemark, en Suède seulement ? Cicéron disait, que l'humanité et honnêteté avaient pris son origine en l'Asie mineure, et de là s'était communiquée par toute la terre ; et toutefois les peuples d'Asie n'avaient point d'autres Rois que par succession de père en fils, ou du plus proche. Et de tous les anciens Rois de Grèce nous ne trouvons que Timondas, qui fut élu Roi des Corinthiens, et Pittacus de Nègrepont. Et lors que le nom et la lignée Royale faillait, bien souvent le plus fort [p. 557] ou le plus habile l'emportait, comme il se fit après la mort d'Alexandre le Grand, qui était descendu de la maison d'Hercule en droite ligne ; et des Rois de Macédoine, qui avaient continué cinq cents ans, alors ses lieutenants se firent Rois : Antipater de Macédoine, Antigon d'Asie, Ptolémée d'Égypte, Nicanor des hautes provinces, Lysimachus de Thrace. Et [il] ne s'en trouve pas un seul, qui soit fait Roi par élection. Et par ainsi les Grecs même seraient Barbares, au jugement d'Aristote, combien que le mot de Barbare se disait anciennement sans contumélie de ceux qui ne parlaient pas la langue du pays, et même les Hébreux appelaient les autres peuples Barbares, comme a très bien remarqué Rabi David Kimhi sur le Psaume 114, où les Egyptiens sont appelés Barbares [...], que César, Hérodote, et tous les anciens ont toujours estimés les plus gentils esprits de tout le monde. Mais en toutes Monarchies électives, il y a un danger qui advient toujours. C'est qu'après la mort du Roi, l'état demeure en
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pure Anarchie, sans Roi, sans seigneur, sans gouvernement, et au hasard de sa ruine, comme le navire sans patron, qui doit son naufrage au premier vent. [973-975]
Élection des Rois prétendue par les Archevêques de Reims. Ceux qui ont soutenu que les Rois étaient élus par les états, n'ont pas pris garde que l'Archevêque de Reims prétendait ce droit lui appartenir privativement à tous autres : chose toutefois impossible et incompatible avec la foi et hommage que les Archevêques de Reims font au Roi de France. /.../ Mais il n'y a aucune forme d'élection, si ce n'est qu'on voulût soutenir qu'elle appartient à l’Archevêque de Reims ; mais on fit bien entendre le contraire au sacre de Louis le Gros qui fut sacré par l'Archevêque de Sens en la ville d'Orléans : aussi l'Archevêque de Reims prétendait l'avoir eu des [p. 558] Papes, qui n'y avaient aucun droit, non plus qu'à l'Empire qu'ils ont assujetti aux élections, comme écrit le docteur Albéric, que les Papes mettant la faucille en la moisson d'autrui, ont fait des ordonnances de l'état des princes contre toute équité, obligeant l'Empereur à lui prêter serment de fidélité, et s'attribuant la puissance de le déposer, comme tous les autres Rois. Ce que M. le Cirier, Conseiller en Parlement, homme d'honneur et de savoir, n'a pu porter patiemment approuvant l'opinion d'Albéric, au livre qu'il a fait. De jure primogeniturae ; et [il] montre par la décrétale même d'Innocent Pape, in cap : per venerabilem, qui filii sint legitimi, que le Roi de France ne reconnaît rien après Dieu [de] plus grand que soi-même. C'est pourquoi on dit en ce Royaume que le Roi ne meurt jamais. [Ce] qui est un proverbe ancien, qui montre bien que le Royaume ne fut [jamais] électif, et qu'il ne tient son sceptre ni du Pape, ni de l'Archevêque de Reims, ni du peuple, [mais] de Dieu seul. Et d'autant qu'il y eut un avocat des plus fameux de son âge, lequel, pour servir à sa cause, dit en plaidant que le peuple de France avait donné la puissance au Roi, alléguant la loi I de constitution, princip. ff, où il dit, lege Regia quae de eius Imperio lata est, populus est, populus ei, et in eum omnem suam potestatem contulit, les gens du Roi soudain se levèrent, et demandèrent à la Cour en pleine audience que ces mots fussent rayés du plaidoyer, remontrant que jamais les Rois de France n'ont eu leur puissance du peuple. La Cour fit défense à l'avocat d'user plus de telles paroles, et depuis ne plaida cause, comme un chacun sait au Palais. /.../
Les premiers Rois [étaient] tirés au sort par la loi de Dieu, et leurs enfants par droit successif. Or ce n'est pas assez que le droit successif ait lieu, [mais] encore il faut que le plus proche du Monarque [lui] succède, [p. 559] j'entends entre les mâles, et de son nom, qui est, à parler proprement, l'aîné, comme le premier qui est issu de lui. Et l'ordre de nature veut que l'aîné marche le premier après le père, et que les autres le suivent chacun en son ordre, et par conséquent qu'il soit préféré aux autres. Et peut-on dire que cette loi est naturelle, et qui a toujours été commune presque à tous peuples. [985-989]
La monarchie ne doit être dévolue aux femmes. J'ai dit aussi que la Monarchie doit seulement être dévolue aux mâles, attendu que la Gynécocratie est droitement contre les lois de nature, qui a donné aux hommes la force, la prudence, les armes, le commandement, et l'a ôté aux femmes, et la loi de Dieu a disertement ordonné que la femme fût sujette à l'homme, non seulement au gouvernement des Royaumes et Empires, [mais] aussi en la famille de chacun en particulier, menaçant ses ennemis de
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leur donner des femmes pour maîtresses, comme une malédiction exécrable. Et même la loi a défendu à la femme toutes les charges et offices propres aux hommes, comme de juger, postuler, et autres choses semblables, non pas seulement par faute de prudence (comme disait Martien, qu'entre toutes les déesses il n'y avait que Pallas qui n'eût [jamais de] mère, pour montrer que la sagesse ne procédait point des femmes), mais d'autant que les actions viriles sont contraires au sexe, et à la pudeur et pudicité féminine. Et [il] n'y eut chose qui plus irrita le Sénat contre l'Empereur Héliogabale, que de voir sa mère entrer au Sénat, seulement pour voir, et non pas pour opiner. Ce qui fut trouvé bien étrange de ce que Mahaut, belle-mère de Philippe le Long, assistât au jugement de Robert, Comte d’Artois, et Marguerite Comtesse de Flandres au jugement du Comte de Clairmont. Or, si cela est mal séant et contre nature, ès actions et charges publiques, à plus forte raison [p. 560] est-il pernicieux en la souveraineté, car il faut que la femme à qui est dévolue la couronne se marie, ou bien qu'elle demeure sans mari. Si elle se marie, c'est toujours Gynécocratie, car le mariage se fait à la charge que la souveraineté demeure à la femme, comme il fut arrêté au traité de mariage entre Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille, et, de notre âge, entre Marie d'Angleterre et Philippe de Castille, qu'on appelait le mari de la Reine. Et en cas pareil entre Sigismond Archiduc d'Autriche, qui depuis fut Empereur, et Marie de Hongrie, qu'on appelait le Roi Marie. Auquel cas le mari est chef de famille, et maître de l'économie domestique, et néanmoins demeure esclave et sujet de sa femme en public, car la puissance publique, dit la loi, n'est jamais liée à la puissance domestique. Et pour cette cause le Consul Fabius fit descendre son père de cheval pour lui faire honneur comme au Consul en public, qu'il pouvait néanmoins en sa maison faire mourir, en vertu de la puissance paternelle. Si la Reine demeure sans mari, [ce] qui est le cas de la vraie Gynécocratie, l'état est exposé au danger des étrangers ou des sujets, car si le peuple est généreux, et de bon cœur, il portera impatiemment que la femme commande. Or, [il] n'y a rien qui soit plus dangereux en une République que le mépris de la majesté, de laquelle dépend la conservation des lois et de l'état, qui seront foulés aux pieds à cause de la femme, contre laquelle il n'y aura jamais faute de moqueries, de contumélies, de libelles diffamatoires, et puis de rébellions et guerres civiles. Et s'il lui advient de porter la moindre faveur à quelqu'un des sujets, on en fera toujours sinistre jugement, car même les plus sages et pudiques ont bien à faire à se garantir des faux bruits ; beaucoup moins pourra la Princesse souveraine couvrir ses faveurs, non plus qu'un brandon sur une haute guette, [chose] qui sera cause d'embraser le feu de [p. 561] jalousie entre ses sujets, et [de] les armer les uns contre les autres. Si les sujets sont si lâches qu'ils souffrent par force ou autrement la Gynécocratie en l'état souverain, il ne faut pas douter que chacun des sujets ne soit aussi contraint de la souffrir en sa maison, car c'est une règle politique, que ce qui est trouvé bon, et souffert en public, sera toujours tiré en conséquence en particulier. [Ce] qui fut la cause [pour laquelle] les Princes de Perse demandèrent au Roi Darius Mnemon, que l'écriture sainte appelle Assuérus, que la désobéissance de Vasthi sa femme ne demeurât impunie, afin que les femmes des sujets ne fussent désobéissantes aux maris. Or, tout ainsi que la famille est renversée où la femme commande au mari, attendu que le chef de famille perd sa qualité pour devenir esclave, [de même] aussi la République, à parler proprement, perd son nom où la
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femme tient la souveraineté, pour sage qu'elle soit. Et si elle est impudique, qu'en doit-on espérer ?
Trois Rois tués par une femme. On a vu Jeanne (qui pour sa lubricité fut surnommée la Louvette) après avoir succédé à Carobert, dernier Roi de Naples, de la première maison d'Anjou, souiller la majesté royale des parricides commis en la [personne] de trois Rois qu'elle avait épousés : aussi fut-elle étranglée comme elle l'avait mérité. On a vu depuis peu d'années des tragédies non moins étranges, et tout un Royaume en combustion pour cas semblable. Je ne parle point des cupidités brutales d'une Sémiramis, qui fut la première qui empiéta la Monarchie des Assyriens d'une façon étrange, car ayant obtenu du Roi qu'elle commandât en souveraineté pour un jour, elle commanda qu'on tuât le Roi. Depuis, Athalie Reine de Juda voyant son mari tué fit mourir tous les Princes du sang (hormis un qui [en] réchappa) et tint la souveraineté par force, jusqu'à ce qu'elle fût tuée par le peuple. Cléopâtre usa de même loyauté [p. 562] envers son frère pour se faire Reine d'Égypte. Il se trouva aussi une Zénobie qui se fit nommer Impératrice avec les trente tyrans, et fut chassée par l'Empereur Aurélien : comme fit en cas pareil Irène Impératrice de Constantinople, laquelle fut renfermée en un monastère.
Il n'y a point eu de peuple ancien qui ait approuvé la Gynécocratie. Bref, il ne se trouve peuple si efféminé, qui ait approuvé la Gynécocratie, jusqu'à ce que la ligne des Normands, Rois de Naples, fût faillie en Constance, femme de Henry. [1001-
1003]
