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☆

§ 54. Nous présentons ci-dessous le tableau des voyelles-phonèmes du français contemporain telles qu'elles sont dé­crites dans les paragraphes précédents.

Position du voile du palais

Position de la langue— niveau horizontal

Antérieures

Postérieures

^•s. Position des

СÎ

^X. lèvres

o>

^v.

03

M

,Q

сî

^v.

03

03

<L>

Position de la ^^^

ça

03

langue— niveau ^v. vertical ^\

1

3

0

XI

л

fermées

i

y

U

Orales

mi -fermées mi -ouvertes

e

e

0

æ

Î 0

ouvertes

a

—

. Q->

fermées

Nasales

mi-fermées mi-ouvertes

8

«-(æ)

—

ôi

ouvertes

' —

а

D'habitude, on présente les voyelles du français 'dans un triangle proposé par Hellwag (p. 90) qui avait classé de la sorte les voyelles allemandes en 1781. «On marque graphi­quement les rapports mutuels entre les lieux d'articula­tion vocalique vu de profil. Chaque point représente le point de la langue le plus rapproché de la voûte palatine.»2 Il s'agit donc d'un schéma articulatoire.

Dans le tableau donné par L. Scerba dans son manuel (§ 56), les deux a ne sont plus aussi rapprochés et а juste titre, l'un étant fort avancé, l'autre — nettement postérieur. Né­anmoins le [a] postérieur se trouve chez lui dans la série postérieure avancée tandis que le phonème [u] semble être, sur le schéma, plus reculé si on le compare aux phonè­mes [î], [э] et même au [a]. Or, au point de vue articula­toire le [u] doit se trouver sur le même plan vertical que

1 Quant а la position de la langue et de la mchoire inférieure surle niveau vertical, voir § 49.

2 G. Straka. Système des voyelles du français moderne. « Bulletinde la faculté des lettres de Strasbourg», v. 28, nos 4—7, 1950.

89

les phonèmes [î] et [э], c'est-а-dire sur un plan plus avancé que le phonème [a].

Le schéma simplifié aura donc la forme que voici : Antérieures Postérieures

u

î

э э

1 У

e 0

s æ (æ)a

a a

§ 55. L'analyse acoustique des voyelles françaises effec­tuée par différents linguistes parmi lesquels nous citerons P. Delattre1 et K. Barychnikova2, a fourni quelques don­nées préliminaires sur la caractéristique acoustique des pho­nèmes. Les principaux formants du son se trouvent tantôt dans une seule zone du spectre, telles les fréquences caracté­risant le phonème [u], tantôt aux deux extrémités du spectre nettement séparées, soit, par exemple, les formants du pho­nème [i]. D'après P. Delattre, le phonème [u] se prononce sur 240—750 Hz., tandis que les formants du [i ] s'étendent dans deux zones distinctes : 240 Hz. et 2500 Hz. Voilа pour­quoi certains phonèmes appartiennent au type compact [u, o], d'autres au type diffus, tel le [i].

Voici le tableau des formants des voyelles françaises d'après P. Delattre3.

1P. Delattre. Un triangle acoustique des voyelles orales du français. «The French Review», May, 1948.

2 Ê- Ê. Барûшнèêîа. Ê îïрîсу îб аêустèчесêîé хараêте­рèстèêе гласнûх ôранцуçсêîгî яçûêа. Эêсïерèментальная ôîнетèêа èïсèхîлîгèя речè. «Ученûе çаïèсêè I МГÏÈÈЯ», т. XX, МГУ, I960.

3 Quoique les résultats obtenus par Ê- Barychnikova s'en écartentquelque peu, les zones des formants sont sensiblement les mêmes, parexemple, [e] 415 et 2053, [y] 300 et 1800, etc. (K. Barychnikova.Ouvrage cité).

90

[i] 240 Hz. et 2500 Hz. [e] 350 et 2200 [s] 510 et 1950

[y] 240 et 1850 [0] 350 et 1600 [æ] 510 et 1400

[u] 240 et 750 [o] 350 et 865 [э] 510 et 1000

[a] 725 et 1300 [al 650 et 1200

Les spectres des voyelles révèlent le caractère identique des premiers formants dans chaque groupe de voyelles ci-dessus : pour les voyelles fermées c'est 240 Hz., pour les voyelles mi-fermées c'est 350 Hz., enfin, pour les voyelles

1000

500 С

Fig. 19. Triangle acoustique des voyelles françaises accentuées. En ordonnée a—b, les fréquences basses, en abscisse b—c, les fréquences hautes (d'après P. Delattre)

mi-ouvertes — 510 Hz. Il s'ensuit que le premier formant est déterminé par le degré de l'élévation de la langue. Quant aux deuxièmes formants (formants hauts) de ces trois séries du niveau horizontal, ils diminuent а mesure que nous pas­sons de la voyelle antérieure а la voyelle postérieure : cf. [il —2500 Hz., [u 1 — 750 Hz. Ces deuxièmes formants différencient les caractéristiques des voyelles.

Nous donnons ci-dessus le triangle acoustique des voyel­les orales du français d'après P. Delattre. Chose curieuse, ce triangle acoustique répète plus ou moins fidèlement le triangle articulatoire de Hellwag (voir § 54).

P. Delattre et K. Barychnikova ont constaté qu'il existe une relation étroite entre les fréquences des formants et la position des organes phonatoires qui déterminent le volume et la forme des résonateurs.

« II existe une relation directe et constante entre la hau-

91

teur du premier formant et l'ouverture buccale... » — « plus la langue s'abaisse, plus hautes sont les fréquences, cf. [i] — 240 Hz., et [e] — 510 Hz. Il existe une relation constante et inverse entre la hauteur du deuxième formant et la lon­gueur de la cavité de résonance buccale.

Une des révélations du triangle — c'est le fait que [s] et [y] ont sensiblement la même fréquence de F 2 n°. Ce qui indiquerait une même longueur de cavité buccale. Cela se comprend facilement, d'ailleurs, une fois qu'on l'a cons­taté. En effet ce que [y] perd par avancement de la langue, il le regagne par arrondissement des lèvres » l.

Les fréquences deviennent plus hautes а mesure que la longueur de la cavité buccale diminue : cf. [e] — 1950 Hz. et [i ] — 2500 Hz.

§ 56. Le système des voyelles françaises présente des oppositions phonématiques qualitatives de quatre espèces : I — antérieure-postérieure, dont la série antérieure est la plus considérable, II — ouverte-fermée, III — labiale-non labiale, IV — orale-nasale, dont la série orale est de beau­coup la plus riche.

Il importe de constater que la loi de position affecte beau­coup le vocalisme du français contemporain, affaiblissant plus ou moins le rendement de l'opposition phonologique : ouverte-fermée.

  1. Toute voyelle orale labiale а la fin absolue du motest fermée— [o], [0] : pot, peu. Cf.: trotter [tKo'te],mais trot [Чêî], etc. La même caractéristique tend а affec­ter en français parlé la voyelle orale non labiale— [e] :je sais, mai.

  2. Une voyelle orale précédant deux consonfies de naturedifférente, mais autres que le groupe « occlusive ou constric-tive plus sonante » est ouverte (а quelques exceptions près)[e], Û, [æ] : certes, porte, heurter. C'est-а-dire une voyelle

en syllabe fermée est ouverte.

3. Une voyelle orale devant un [z] est le plus souventfermée, les quelques exceptions qui existent concernant leson [e] : pose, hésiter, Meuse. Cf. menteur [таЛсегê],mais menteuse [md.'t0:z]. Le [z] dans le groupe [gz] fermeégalement la voyelle précédente : exemple [eg'zdrpl].

1 P. Delattre. Un triangle acoustique des voyelles orales du fran­çais. «The French Review», May, 1948, pp. 477, 484. 92

  1. Une voyelle orale devant un [r] est ouverte— Û,[s], [æ] : aurore, frère, peur. Dans la position inaccentuée,il existe toutefois un [e] devant un [ê] : numéroter, frérot,etc.

  2. Une voyelle ouverte dans la syllabe qui précède lasyllabe tonique contenant un son fermé subit son influenceet devient par assimilation, elle aussi, fermée : plaire['р!е:ê], mais plaisir [р!е'г1:ê] ; aimer [e'me], jeudi [s0'di],etc.

La loi de position régit également le caractère quantitatif du vocalisme français, toute voyelle finale étant brève (voir § 53).

La caractéristique quantitative des voyelles françaises joue un rôle subalterne. Tantôt elle accompagne les différen­ces qualitatives (longueur historique), tantôt elle apparaît dans des conditions phonétiques déterminées par la posi­tion du phonème par rapport а l'accent et aux consonnes qui suivent le phonème en question (longueur rythmique).