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§ 90. La coupe syllabique en français met en valeur la syllabe ouverte : dans la plupart des cas la consonne fran-

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çaise est une consonne croissante. Passons en revue les règles de la syllabation française. *

1. Toute consonne intervocalique est une consonne а ten­sion croissante. Elle appartient а la voyelle qui la suit, ouvrant la syllabe précédente, а l'intérieur d'un mot aussi bien qu'а l'intérieur d'un syntagme : a-ller [a-'le], do-nner [do-'ne], sau-ter [so-'te], ô-ter [o-'te] ; vers une amie fvs-êу-na-'mi], partir а midi [раê-'ti-Ka-mi-'di ], au cæur isolé [o-'kæ-Ki-zo-'le], etc.

2. Un groupe de deux consonnes dont la première est unbruit et la deuxième une sonante appartient а la voyelle sui­vante, les deux consonnes étant croissantes : [pa-'tni], [ta-'blo], [cl-kKi-'je], [ba-'tlæ:r], [ba-gno-'de], etc.

3. Un groupe de deux consonnes dont la deuxième est unedes trois sonantes constrictives [j/q/wJ constitue une seulesyllabe avec la voyelle qui le suit, les deux consonnes sontcroissantes, quelle que soit la nature de la première conson­ne : [a-'lje], [a-'lwet], [а-'тцêê], [a-'vwe], [a-'sjet],etc.

4. Si le groupe de consonnes est formé par deux consonnes-bruits ou par deux sonantes, ou bien s'il se compose d'une sonante et d'un bruit, la première consonne est une consonne а tension décroissante et la deuxième — une consonne crois­sante. On les répartit en deux syllabes : [fak-'tæ.-ê], [bas-'kyl], [taf-'ta], [раê-'le], [am-'ne], [Kaj-'êÏ, [bal-'ko], [раê-'ti], [fæj-'te], etc.

5. Dans un groupe de trois consonnes avec un s au milieu, la coupe syllabique se fait après le s : obstacle [ops-'takl].

Il n'y a que ces deux dernières règles qui font apparaître une consonne décroissante en français.

§ 91. Cependant, quoique la consonne décroissante soit devenue rare en raison de la réduction des groupes de conson­nes, la syllabe fermée n'a pas été éliminée complètement du français. C'est que les voyelles finales qui étaient posttoni­ques en ancien français s'affaiblissent et tombent en déga­geant la consonne précédente. Celle-ci, devenue décroissante, ferme la syllabe : sapere>savir>savoir, potere>podir>pou-voir, viride(m)>vert, etc. Le nombre des emprunts augmen­tant au cours des siècles, les syllabes fermées deviennent plus

1 Л. . Щерба. Ôîнетèêа ôранцуçсêîгî яçûêа. Èнîèçдат, M., 1953, § 90; M. Gra m mon t. Traité pratique de prononciation française. P., 1954, pp. 101—103.

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nombreuses : speaker, docker, club, spoutnik, lunik, etc. De nos jours, certaines monosyllabes font entendre а nouveau leur finale consonantique : le but, en fait, plus, etc.

Il existe également une autre source de syllabes fermées. Leur nombre s'accroît considérablement depuis le XVIIe siècle en raison de la chute du e instable. Cependant la chute du e n'était pas générale а l'époque, au début elle avait lieu seulement dans le langage populaire ; la norme littéraire n'était pas encore atteinte. Il n'y avait que le e instable final qui s'amuïssait plus ou moins régulièrement.

La chute du e final fut grosse de conséquences pour les consonnes-bruits. En français classique, elles ne se trou­vaient jamais а la fin du fait que c'étaient les sonores qui étaient toujours а la fin devant une voyelle (mode, crabe, dague, etc.), alors que les sourdes tantôt étaient muettes— (pot, croc, trop), tantôt se trouvaient devant e (petite). Le e instable tombé, la consonne finale ferme la syllabe. Le nom­bre de consonnes-bruits décroissantes augmente considéra­blement : mode [mod], crabe [knab], dague [dag], petite [pætit], etc.

Pourtant ce n'est qu'au XXe siècle que la chute du e de­vient régulière dans le style parlé respectant de moins en moins la loi des trois consonnes et autres restrictions. Elle amène la formation des groupes dont le premier élément est une occlusive [k], des groupes de deux occlusives ayant un même point d'articulation, elle fait apparaître une consonne nasale après une voyelle nasale et des [j ] et []i] décrois­sants, etc. :

Comme j(e) vous appelle ; Poil d(e) Carotte, inutile de t(e) creuser la tête, d'ailleurs j(e) vous aide, mieux qu(e) du gibier, ôte tes mains d(e) tes poches, on n(e) f apprend pas la politesse, j(e) crois pas, l'enseignement, je vous réveill(e)rais, etc.