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§ 127. Les lois de l'accentuation française ont des con­séquences exceptionnelles pour l'accentuation logique et af­fective du français.

On a souvent besoin, dans la conversation, de mettre en relief une idée, de souligner un mot soit pour des causes lo­giques, soit pour des raisons affectives. Cette espèce d'ac­cent de mise en relief porte le nom d'accent d'insis­tance qui est ordinairement de deux types : accent d'in­sistance logique et accent d'insistance affective, selon les buts qu'ils visent et les formes qu'ils revêtent.

§ 128. En vertu du caractère autonome du mot russe qui porte en soi ses valeurs sémantiques et grammaticales, tout mot mis en relief en russe est susceptible de porter un ac­cent logique qui ne fait que renforcer la syllabe accentuée (l'ordre de mots particulier y contribue aussi en grande par­tie) : Другу я этîгî не сêажу. Другу я этîгî не сêажу. (ou bien : Этîгî я другу не сêажу). Этî аша êнèга ?

Les pronoms possessifs et démonstratifs du russe ne con­naissant pas la furcation en pronoms et adjectifs, ce qui est le cas du français, assument des fonctions syntaxiques fort variées qui leur assurent une autonomie plus ou moins grande dans la phrase. Ils sont donc susceptibles de porter un ac­cent logique en russe.

L'accent français frappant la syllabe finale du groupe est, par contre, attaché aux mots qui expriment des valeurs lexicales et encore leur arrive-t-il d'être désaccentués (un beau pa'lais, un palais 'neuf). Comme le français possède beaucoup de mots inaccentués * et que tout est susceptible

1 II arrive cependant aux adjectifs possessifs et autres de recevoir un accent d'insistance logique dans la langue actuelle; les auteurs les mettent alors en relief, par exemple: c'est mon bien, j'ai son sang... J'ai ton sang... Elle revivait l'agonie et le visage du mourant; ses yeux étaient ses yeux ; son souffle était son souffle (R. Rolland, « Ame enchantée », I). Si quelqu'un aime une fleur... (A. de S a i nt - E xupér y), etc. Cf. A. A. Смîльесêèé. Èнтîнацèя ôранцуçсêîé ïîестîательнîé ôраçû. Атîреô. êанд. дèсс. М., 1962.

13 Шèгаресêая H. A. JQ3

de perdre son accent dans la chaîne parlée, il doit forcément avoir recours а d'autres procédés pour mettre en relief l'i­dée nécessaire. Ces moyens sont multiples et relèvent du le­xique, de la syntaxe et de la phonétique, bref, de l'interac­tion de ces éléments. L'essentiel c'est de placer le mot-noyau logique de la phrase sous un accent fort, sous l'accent du groupe, ou de préférence, sous l'accent du syntagme.

Pour ce faire, il faut modifier la syntaxe de la proposi­tion ou bien y introduire parfois d'autres mots pouvant met­tre en relief l'idée soulignée :

Этî аша êнèга? — c'est votre livre а 'vous ? Этîгî я нèêîму не сêажу — ceci | je ne le dirai а personne. Этî тîт челîеê — c'est Vhomme en question. û ему этî сêаçалè — c'est vous I qui lui avez dit ça ?

L'accentuation logique relève donc en français de la syn­taxe (notons tout particulièrement la phrase segmentée) et des moyens lexicaux de mise en relief (c'est... qui, que, dont ; voilа qui..., etc.) qui contribuent а placer le mot essentiel sous l'accent syntagmique.

Puisque l'accent français ne relève pas du mot, mais du groupe de mots, il ne peut pas être utilisé а ces fins.