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1. Alternances vivantes

§ 104. Les alternances vivantes sont conditionnées par la norme orthoépique moderne ; elles sont régies par les lois du système phonématique du français actuel. On leur donne également le nom d'alternances phonétiques. Elles sont dues а l'influence des sons voisins, а l'accentuation, а la position du son dans le mot (dans l'unité accentuelle).

Les alternances vivantes sont plus ou moins productives en ce sens que les mots nouveaux du français sont suscepti-Mes d'être frappés par ces alternances. Ainsi, par exemple, l'emprunt anglais héler, synonyme de appeler, passé du lan-

1 Ouvrages а consulter: Л. . Щерба. Ôîнетèêа ôранцуçсêîгî яçû­êа. Èнîèçдат, M., 1953. § 158—183; M. Grammont. Traité pratique de prononciation française. P., 1954, pp. 129—135; P. Fou с hé. Traité de prononciation française. P., 1956, ch. VIII; G. Gougenheîm. Elé­ments de phonologie française. Deuxième partie. P., 1935: H. S ten. Manuel de phonétique française. K0benhavn, 1956, pp. 59 — 69. H. Lang lard. La liaison dans le français. P., 1928.

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gage spécial des marins а la langue courante, connaît la même alternance [e — e] dans le radical aux différentes personnes du présent que le verbe accélérer : accélérons — accélère, hé­lons — hèle, etc.

Les alternances vivantes sont en français essentiellement vocaliques. Ce sont les voyelles qui alternent avec d'autres voyelles. Plus rares sont les alternances de l'espèce «voyel­le — consonne » ['lu — 'lw]. L'alternance « consonne — con­sonne » ne se trouve pas en français moderne а l'état d'alter­nance vivante, а moins qu'on ne prenne en considération l'alternance «consonne sourde — consonne sonore» qui est plutôt une différence de variantes entre consonne forte sourde — consonne forte sonorisée, dans les mots : transborder [trds—], disgrce [dis—] (voir § 98).

I°l s'agit donc des alternances entre des phonèmes dont un seul se ressent des conditions phonétiques dans lesquelles il fonctionne, l'autre ne dépendant pas de ces conditions. Ainsi, Û inaccentué alterne avec [o] accentué final, le phonème Û n'étant jamais utilisé dans la syllabe finale ouverte frappée d'accent: stylographe Û — stylo [o]. Le [o], par contre, n'alterne pas forcément et toujours avec [o] : dépôt [o] — déposer [o], beau — beauté, dos — endos­ser, saut — sauter, etc.

Or, quand il s'agit d'une alternance de deux variantes, toutes les deux dépendent toujours des conditions dans les­quelles elles se manifestent, chacune des variantes se réali­sant dans des conditions bien déterminées. * Ainsi, la varian­te palatalisée du [Г] n'existe en français que devant une voyelle antérieure, tandis qu'une variante plus dure du phonème [1 ] se manifeste а la finale, ou bien devant une con­sonne а l'intérieur du mot ou bien devant une voyelle posté­rieure et ne se trouve jamais devant une voyelle antérieure.

§ 105. L'alternance «voyelle ouverte — voyelle fermée» est une des plus importantes et des plus répandues. Ceci parce que l'opposition «voyelle ouverte — voyelle fermée» con­naît certaines restrictions en français, l'emploi de ces voyelles étant conditionné souvent par leur position dans le groupe accentuel.

1. L'alternance [e — e] a deux raisons d'être dans la langue française. Elle s'explique premièrement par le fait

Л. Р. Çèндер. Îбщая ôîнетèêа. ЛГУ, Л., 1960, § 216.

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que le phonème [e] n'existe pas en syllabe fermée. Tout changement du caractère syllabique survenu dans le morphème amène une alternance de phonèmes. Si dans la syllabe ouverte le morphème renferme [e], c'est le [si qui apparaît dans la syllabe fermée. Cf. répéter — répète, révéler — révèle, altier — altière, fiévreux — fièvre, poussiéreux — poussière, kilo-métrique — kilomètre, allégresse — allègre, etc.

Le changement du caractère de la syllabe est dû, dans la grande majorité des cas, а la chute du e instable. Témoin ce vestige de l'ancienne orthographe événement qui se prononce en dépit de la graphie é — [even'ma]. Cf. avènement — c'est un substantif du même radical que le précédent mais qui a changé son é en è. Citons plusieurs autres mots qui ont subi les mêmes modifications, consacrées par l'orthographe depuis la 7e édition du «Dictionnaire de l'Académie» (1878)l :

fièvre ['îjevræ]>fièvre ['fjevjl, ténébres>ténèbres, pie-ce>pièce, bibliothéque>bibliothèque, collége>collège, orfévre>orfèvre, etc.

Il n'y a que les formes aime-je, dusse-je qui conservent l'ancienne graphie, ce qui s'explique par le fait qu'elles ne sont pas employées dans le parler courant.

La chute du e instable ayant pour conséquence l'apparition d'une syllabe fermée amène indubitablement l'alternance [e — e]. Voici quelques exemples du phénomène tirés du « Dictionnaire de la prononciation française » de L. War-nant :

Décevant [de-s9-vd]— [des-vd], défenestration [de-Î9-nss-tra-sJD ]— [dsf-nes-tra-sjo], dépecer [de-p9-se] — [dsp-se], etc.

L'alternance [e — e] caractérise la conjugaison de quel­ques verbes du premier groupe, tels que abréger, accélérer, affréter, allécher, alléger, altérer, céder, célébrer, compléter, considérer, différer, espérer, exagérer, inquiéter, interpréter, lécher, libérer, modérer, opérer, posséder, préférer, procéder, répéter, révéler, sécher, siéger, tolérer, végéter. Ex. : je cède — nous cédons, tu exagères — vous exagérez, etc.

L'alternance [e — e] est due par ailleurs а la dilation vo-calique (voir § 100).

1 Dans le roman de Stendhal « La chartreuse de Parme », on trouve des graphies avec un accent aigu : la pensée du privilège, assis sur un siège de bois, il abrège, complètement, etc.

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5 P

j j»T

«*,

»Г f?

on fête, nous fêtons, fêtant [s] — fêter, vous fêtez [e] ;

on essaie, nous essayons [s] —essayer, vous essayez [e] ;

on presse, pressant, nous pressons [s] — presser, vous pres­sez [e] ;

on éclaire, éclairant, nous éclairons [s]—éclairer, vous éclairez [e] ;

plaire, il plaît [s]—plaisir [e], etc.

Cette dernière alternance se répand de plus en plus en fran­çais actuel, surtout dans le style parlé.

Les deux causes de l'alternance [e — e] relèvent des par­ticularités du système phonétique du français. Elles se mani­festent pourtant, le plus souvent, dans différentes espèces de mots, ce qui permet de parler de deux variétés de l'alter­nance [e — e]. Il arrive néanmoins que les deux causes en­trent en jeu en même temps, soit dans les mots : bête—bê­tise, tête — têtu, presse — presser, fête — fêter, etc.

L'alternance [e — s] affecte non seulement les mots iso­lés, mais aussi les groupes accentuels, en raison du fait que ces groupes constituent des unités accentuelles primaires du français, cf. j'ai [e] — ai-je [e], aimé-je [s'msrs], etc.

  1. L'alternance [æ — 0] est conditionnée par certainesrestrictions dans le fonctionnement du phonème [æ] quin'existe pas en syllabe ouverte accentuée. Toutes les fois quela syllabe change de caractère, et de fermée devient ouverte,[æ] passe а [0]. C'est plutôt une alternance d'ordre pho­nomorphologique qui utilise les alternances phonétiques аdes fins grammaticales : bæuf ['bæf] — bæufs ГЬ0].

  2. L'alternance [э — î] s'explique par le fait que lavoyelle [o] n'apparaît jamais en syllabe accentuée ouverte.A la finale absolue [o] alterne avec [o]. Cette alternance af­fecte les abréviations du français qui sont multiples : mi­crophone [mikbo'fon]—micro [mi'kno], stylographe [stib'-'gKaf] — stylo [sii'lo], dactylographe [daktib'gKaf ] — dactylo[dakti'lo], sténographe [steno'gKaf] — sténo [sté'no], typo­graphe [tipo'gtfaf] — typo [ti'po], automobile [otomo'bil] —auto [o'to], etc.

Dans la dérivation régressive, l'alternance joue également pour les verbes comportant un î dans le radical : trotter [tro'te] — trot t'tro], cahoter [kao'te] — cahot [ka'o], mar­motter [marmo'te]— marmot [mar'mo], etc.

Comme dans l'alternance [e — e], [o] alterne avec [o] а l'intérieur d'un groupe accentuel а cette différence que l'al­ternance affecte un mot а la finale, [o] ayant perdu son ac~

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cent dans le groupe : vous parlez trop ['tro] — vous parlez trop haut [tro 'o], ne dites pas un mot ['mo] — mot а mot .[ira* a 'mo].

Cette alternance se fait souvent en sens inverse : un mot dont la syllabe finale comporte un [o] donne un dérivé dans lequel la syllabe finale devient une syllabe intérieure non accentuée et change [o] en [o] : jabot [çа'Ъî] — jaboter fлabo'te], canot [ka'no] — canoter, canotier [kano'te], [kano-'tje], etc. Néanmoins cette alternance n'est pas générale, ce n'est qu'une tendance qui n'affecte pas tous les dérivés (voir § 46).