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☆

§ 86. C'est le critère physiologique qui est а la base de la théorie de la tension musculaire. (l. Scer-

1 F. de Saussure. Cours de linguistique générale. P., 1922, pp. 79—81.

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ba, A. Abélé, M. Grammont, P. Fouché1). Faible au débutde la syllabe, cette tension atteint son point culminant etpuis commence а décroître. Ce qui caractérise la syllabe c'estla « tension croissante des muscles de l'appareil phonatoire,suivie d'une tension décroissante» (B. Malmberg). A l'en­droit oщ la tension est maximale se trouve le sommet sylla­bique. La coupe syllabique se fait а l'endroit de la tensionminimale, avant que nerecommence la nouvelle a

tension musculaire crois­sante.

Fig. 24. Schéma syllabique du mot chaotique suivant la théorie de la ten­sion musculaire. Les lignes verticales désignent la frontière syllabique

consonne а deux

L. Scerba, de même que M. Grammont, ont distingué trois espèces de consonnes d'après la ten­sion musculaire : conson­ne а tension croissante (t croissant), consonne а tension décroissante — (t décroissant), sommets ou bien une géminée [t^t].

Le mot chaotique comporte trois syllabes (fig. 24). La première [ka] comprend une consonne а tension croissante et une voyelle dont le début constitue le sommet syllabique et la fin décroît petit а petit. La deuxième syllabe renferme une seule voyelle [э] dont le début est croissant et la fin décroissante. La troisième syllabe [tik] comporte une con­sonne а tension croissante [t], une voyelle au sommet sylla­bique et une consonne а tension décroissante [k].

Fig. 25. Schéma syllabique du mot netteté

C'est donc le caractère de la consonne qui détermine la limite de la syllabe : celle-ci passe après une consonne а tension décroissante et devant une con­sonne а tension croissante. S'il s'agit d'une géminée, la frontière syllabique passe а l'intérieur de la consonne, soit dans le mot netteté (fig. 25)

Le point capital dans la théorie de L. Scerba, c'est l'i­dée que l'intensité d'une consonne change au cours de son émission. Le fait qu'une consonne soit susceptible de varier

1 Les deux linguistes français en parlant de la théorie de l'aperture de F. de Saussure combinent celle-ci avec la théorie de la tension muscu­laire. M. Grammont. Traité de phonétique. La syllabe. P., 1956.

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d'intensité au cours de la prononciation explique pourquoi elle appartient tantôt а une syllabe, tantôt а une autre. г Le caractère de la consonne dépend des conditions phoné­tiques dans lesquelles elle se réalise. Ces conditions ne sont pas forcément les mêmes dans différentes langues. Ainsi, ce qui compte pour le russe c'est l'accentuation. La consonne qui fait partie d'un groupe de consonnes est décroissante si elle suit une voyelle accentuée : par exemple, npôc-mo. Par contre, quand la consonne de groupe précède une voyelle ac­centuée, elle tend а devenir croissante : par exemple, ïрî-стî-рû. En anglais, c'est la durée de la voyelle précédant la consonne qui décide de son caractère. Une voyelle brève est suivie d'une consonne décroissante, alors qu'une voyelle longue rejette la consonne а la syllabe suivante, la consonne est croissante. Cf. petty ГрэÛ], peter f'pirta].

2. Constitution de la syllabe en français

§ 87. La structure syllabique est une des caractéristi­ques phonétiques capitales de la langue. Elle varie d'une lan­gue а une autre en ce sens que toute langue a ses particularités, qui se manifestent tantôt dans la constitution syllabique, tantôt dans le choix du son syllabique (qui fait le sommet syllabique), tantôt dans les deux.

Il existe des syllabes de différents types : voyelle (V), consonne-voyel le (CV), consonne-consonne-voyelle (CCV), voyelle-consonne (VC), consonne-voyelle-consonne (CVC), etc. 2 Toute langue a des préférences plus ou moins prononcées pour tel ou tel type de syllabe (voir § 93).

Beaucoup de langues utilisent les voyelles en qualité de sommet syllabique. Néanmoins, il arrive que ces mêmes lan­gues aient dans le style parlé des consonnes sonantes syllabi-ques, tel le russe, l'allemand, etc. Plusieurs autres langues connaissent des sonantes syllabiques dans les deux styles, tel l'anglais, le serbe, le tchèque, etc.

La plus grande variété se manifeste toutefois dans la ré­partition du mot en syllabes. La frontière syllabique diffère d'une langue а une autre.

Tel le mot capital, réparti en français comme suit : ça-pi-tal. Le même mot connaît une autre division en syllabes

1 Л. Р. Çèн дер. Îбщая ôîнетèêа. ЛГУ, Л., I960, § 252.

2 La notation est empruntée а G. Gougenheim. Eléments dephonologie française. P., 1935.

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dans la langue anglaise : cap-it-al. Voici d'autres exemples tirés des deux langues : fr. ре-tit, ci-té ; angl. pett-y, cit-y, etc.

Le groupe [рê ] se trouvant exactement dans les mêmes conditions intervocaliques en français et en allemand se com­porte différemment dans ces deux langues. Soit les mots français : a-pprivoiser, a-pprocher, a-pprendre, etc. A com­parer aux mots allemands tels que ab-reiben, ab-reifien, ab-reisen, etc.

Pour caractériser la syllabe d'une langue, il importe donc de définir ses trois caractéristiques essentielles : a) quel est le son qui forme le sommet syllabique ; b) quelle est la fi­nale de la syllabe ; c) quelles sont les combinaisons de con­sonnes et de voyelles qui constituent la syllabe-type d'une langue donnée.

§ 88. La syllabe française est une syllabe vocalique : en Ч français moderne seules les voyelles sont susceptibles de for­mer les syllabes. Autant de voyelles, autant de syllabes, tel­le est la règle qui régit la répartition du mot et du groupe accentuel en syllabes dans la langue française : partir [ра-'ti:K], dater [da-Че], intact [л-'takt], porter [рэ-Че], facile [fa-'sil], typique [ti-'pik], cantine [kcL-'tin], etc.

Dans le français d'aujourd'hui, la répartition en syllabes varie suivant les styles. C'est que la langue parlée ne con­naît presque pas le e instable que le style soutenu par con­tre restitue souvent. Un même groupe accentuel ou un mot peut donc comporter un nombre de syllabes différent. Soit, l'adverbe formellement qui, comptant souvent quatre sylla­bes en style soutenu, n'en a que trois en style parlé ; témoin cette phrase: ...for-mell(e}-ment in-ter-dit (S. Ter y).

Le groupe votre serviteur en langage solennel se prononce * en cinq syllabes : [vo-tBæ-seB-vi-4æ:B]. En style parlé (avec un brin d'ironie), la formule est prononcée en quatre syllabes: (votB-seB-vi-4æ:B] et même— [vot-seB-vi-Чîе:].

Le e final ne compose pas généralement de syllabe.

Tu m'entends, ver-ti-cale ! — Tu as toujours eu des idées géniales, gé-ni-ales ! (E. Triolet)

Néanmoins, quand il s'agit de souligner le genre il peut k,être restitué et alors il constitue une syllabe. *

C'était la chambre qui, dans le temps, était occupée par

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Г industriel avec son industrielle [s-dys-ttn'-je-læ] (E. Triolet)

j § 89. La deuxième caractéristique concerne la fin de la

syllabe. La syllabe qui se termine par une voyelle est appe­lée î u v e r t e, et celle qui se termine par une ou plusieurs consonnes est appelée fermée.

Le français possède des syllabes ouvertes et des syllabes fermées, comme n'importe quelle autre langue : [рэê-'te], [fi-'ni.-ê], [эн-do-'ne], [e-'ta], etc.

Cependant, il faut constater que la syllabe-type du fran­çais est la syllabe ouverte, celle qui a une voyel-' le pour finale. Ainsi dans cette phrase : Je ne compris que beaucoup plus tard а quel point je m'étais trompé. En style soutenu la phrase ne comporte qu'une ou deux syllabes fer­mées contre 15 qui sont ouvertes [sæn-lo-'pKi-kæ-bo-ku-ply-'ta-Ka-kel-'pws-sæ-me-te-tKD-'pe]. En vertu de la chute du e instable en style parlé, le nombre de syllabes fermées augmente. Dans cette même phrase il y en a 3, et toujours est-il minime par rapport а la quantité des syllabes ouvertes [5æn-k3-'pKik-bo-ku-ply-/ta-Ka-kel-/pws-5me-tЈ-tK5-/pe].

Quand on parle de la prédilection pour la syllabe ouverte, cela veut dire que la consonne française est une consonne а tension croissante par excellence. En effet, des changements phonétiques survenus dans le mot et dans le groupe accentue! du français ont contribué, au cours des siècles, а éliminer nombre de consonnes а tension décroissante.

Telle est la loi de la réduction des groupes de consonnes que con­naissait déjа le latin vulgaire : auc-tor>autor, ansa>asa, infantem^e-fant, etc. Le processus a été extrêmement répandu а l'époque oщ se for­mait l'ancien français et jusqu'au XIVe siècle. Les premiers emprunts au latin (XIIe et XIIIe siècles), eux-mêmes, ont dû s'y faire : a-jectif, su-til, a-verbea-venir, a-mirer, se-tembre, etc. Ce n'est que beaucoup plus tard que les consonnes latines ont été restituées, en vertu de principe étymologique de l'orthographe française (adjectif, adverbe, etc.). Autres exemples de la réduction des groupes : no(s)tre, e(s)pée, e(s)tat, cha(s)-teau, etc.

Dans le groupe de consonnes, la réduction se faisait toujours au détriment de la première consonne du groupe, c'est-а-dire d'une conson­ne а tension décroissante. Par exemple, auc-tor>au-teur.

La chute des consonnes finales se réalisait dans le cadre de la même loi qui affectait les groupes de consonnes а l'intérieur du syntagme, а la frontière de deux mots, ou bien devant la consonne finale du pluriel (draps^>dras^> [dra ]). Voici quelques exemples —san(s) cause, sou(s) couleur, un comba(t) tel. Au quinzième siècle, on rimait ces quatre mots : galop — Marchebeau — trop — trot, ce qui est une preuve indéniable de la chute des consonnes finales. Le [r] final de plusieurs suffixes, tels -oir, -eur, de même que dans la terminaison des infinitifs de tous les 134

verbes, y compris la deuxième et la troisième conjugaison, ne se pronon­çait pas jusqu'au XIXe siècle : son mouchoi(r) а main, recevoi(r), fi-ni(r), menteu(r) dont le féminin menteuse en est la preuve. Tous les emprunts perdaient également leur consonne finale : crédi(t), estoma(c), almana(ch), taba(c), caoutchou(c), etc.

La nasalisation des voyelles a affecté au début toute voyelle suivie d'une consonne nasale, mais elle est devenue générale seulement pour les voyelles en syllabe fermée devant une consonne décroissante après la chute de celle-ci. La syllabe a changé de caractère : de fermée qu'elle était, elle est devenue ouverte — man-der [m-'de], bon-té [bô-'te], mainte-nir [me-toe'ni:r], clan-des-tin [kla-dss-'t§], etc.

Plusieurs autres processus phonétiques ont contribué également а éliminer les consonnes décroissantes: la vocalisation du [1] —sal-ver^>sauver, salter^>sauter, chaste/>chteau, chevel^>cheveu, etc. ; la métathèse — for-rnaticum^>fro-mage, inter^>entre, ber-bicem^>bre~bis, etc.; l'iodisation du с devant consonne — noctem>nuit, lactenï>lait, etc.

Les mots d'origine populaire ayant passé par tous ces changements mettent en valeur la syllabe ouverte et se distinguent, en cela aussi, des mots d'origine savante. A comparer ptre/pas-teur, démon-trer/ démons-tration, nuit / noc-turne, tempête / intempes-tif, sauver / sal-vateur, etc.

Les préfixes doublets du français subissent la même tendance: a-rri-ver / ad-ministrer, dé-conseiller / dis-continuer, entre-voir / inter-peler, sous-entendre / sub-conscient, tre-ssaillir / trans-porter, etc.

A examiner de près n'importe quelle phrase française, on constate que plusieurs syllabes deviennent ouvertes dans la chaîne parlée grce а l'enchaînement qui s'effectue а l'in­térieur d'un syntagme, alors que le mot pris а l'état isolé peut avoir des syllabes fermées.

Cf. grande — ma grande amie rgKd:dl|ma-gBÔ.-da-'mi) ;

plaisir — un plaisir^extr(wrdinaire[ç\e-'zi:-u\\fè-p\e-'zi-Ksks-tBa-DK-di-'ne:u] ; il^ elle — il^est parti, elle est revenue [il|El||i-b-paK-'ti||s-lЈ-Kæ-væ-'ny] ; facile — c'est facile а

dire [fa-'sil||ss-fa-si-la-'di:K ].

A la différence du russe, la syllabation en français ne s'arrête pas а la frontière des mots : cf. un doute affreux [du-ta-'ÎK0]— ïîлет-îрла, une dette oubliée [ds-tu-bli-'je] — стîèт-уèдеть, etc. Grce а l'enchaînement le nom­bre de syllabes ouvertes va en augmentant quand on passe du mot isolé au syntagme.

La fréquence des syllabes ouvertes dans le style soutenu est de 73 а 76 sur cent pour un texte technique (linguisti­que), de 79 а 82 sur cent pour un texte littéraire, d'après l'analyse statistique de l'auteur.