Добавил:
Upload Опубликованный материал нарушает ваши авторские права? Сообщите нам.
Вуз: Предмет: Файл:
Шигаревская.doc
Скачиваний:
180
Добавлен:
04.03.2016
Размер:
17 Мб
Скачать
☆

§ 92. Evidemment, le style soutenu est plus soucieux des règles qui régissent le comportement du e instable. 1

1. La loi des trois consonnes formulée par M. Grammont y est toujours en vigueur, pourtant elle connaît certaines restrictions. Ainsi, elle ne joue presque plus а la frontière des mots — un(л) port(e) fermée, un(e) gmnd(e) statue. Néan­moins, les causes rythmiques, et notamment l'accentuation

1 P. R. Léon. Apparition, maintien et chute du e caduc. «La lin­guistique» n° 2, 1966.

137

secondaire de toute syllabe impaire а compter de la fin du groupe accentué, régissent la réapparition du e final dans un groupement de mots (ou dans un mot composé) dont le deu­xième élément est un monosyllabe : "garde-'fou. Cf. un port(e)-monnaie, un port(e)-cigarettz et un porte-balle, un porte-clé.

La loi des trois consonnes affecte les groupes de conson­nes surtout а l'intérieur du mot, et encore n'est-elle appli­quée que si le e instable suit deux consonnes formant un groupe indivisible : sacrement, tu siffleras, etc. Les mots du type brusquement, comportement, embarquement, ne gardent le e instable qu'en style soutenu.

Si le groupe des deux consonnes qui suivent e se compose de deux sonantes dont la deuxième est une sonante constric-tive [j, q, w], le e est toujours gardé dans la prononciation : atelier [a-tæ-'lje], muselière [my-'zæ-'lje:K].

  1. On conserve le e instable dans la première syllabe dusyntagme après une occlusive : cf. je d(e)mande — demandez-lui, j'ai dit qu(e) tu étais malade — que dites-vous ?, je n(é)dis rien — ne dites rien, etc.

  2. Toute syllabe paire а partir du début du groupe accen-tuel perd son e instable quand il y en a toute une suite :je (te) le d(e)rnande, ce qui a créé des groupes figés tels que —je n(e}..., je l(e)..., je m(é)..., etc.

Par contre, le style parlé, surtout sa variété familière et le langage populaire laissent tomber le e instable des syl­labes impaires après une constrictive : Oui, j(e) te la prête, j(e) suis la nouvelle servante, j(é) dirai au facteur... j(e) boude pas, j(e) suis pas peureux, etc.

Le nombre des syllabes fermées paraît donc plus grand dans le style parlé. Cf. enseignement [d-se-jiæ-'md||-seji-'md].

La différence entre les deux styles n'est pourtant pas aus­si grande, et ceci parce que la tendance а la syllabe ouverte régit toujours la structure syllabique du français, et que la consonne а tension croissante se trouve être la plus forte, grce а trois ordres de faits :

1. La chute du e instable n'entraîne pas toujours l'appa­rition d'une consonne а tension décroissante. Ceci s'avère juste pour les premières syllabes des groupes accentuels et des mots : J(e) n'en veux plus. J(e) te demande pardon. Il paraît qu(л) c'est tellement beau. Je ne suis pas si enrhumée qu(e) ça,.. Tu as décidéd(è) partir. Au détour du ch(e)min. Par les sabots des ch(e)vaux. Les s(e)mailles, etc. 138

  1. Le français parlé et surtout le langage populaire con­naissent toujours la réduction des groupes de consonnes, éli­minant la première consonne du groupe, qui est une consonneа tension décroissante : i(ls) font, i(ls) disent, i(l)s^ avaient,i(l)s^ étaient ; examen [e-za-'mê], s'i(l) vous plaît, sugges­tion, etc.

  2. Suivant M. Grammont et P. Delattre, la syllabationdu français actuel se modifie en ce sens que deux consonnes,quelle que soit leur nature, sont toutes les deux croissantes.La frontière syllabique se fait donc après la voyelle qui lesprécède. Par exemple : ac-teur > a-cteur, trans-pirer > tran­spirer, ins-truit>in-struit, etc.

M. Grammont explique la modification survenue dans la répartition du mot en syllabes par l'analogie avec les groupes de consonnes qui se constituent après la chute du e instable au début du mot. Petit donne [pti ] avec le groupe initial [pt ], deux consonnes-bruits qui, suivant la syllabation française, appartiennent а deux syllabes différentes. Par analogie avec le groupe initial, le groupe [pt] se forme aisément а l'inté­rieur du mot aussi et s'appuie sur la voyelle qui le suit : a-pti-tude. La première syllabe, de fermée qu'elle était [ap-ti-tyd], devient ouverte: fa-pti-tyd] *.

La syllabe-type du français est donc une syllabe ouverte.